Quand nous oublions ce que Dieu a déjà fait

Il existe une scène dans l’Évangile de Marc qui, à première vue, paraît presque banale. Les disciples se retrouvent dans une barque avec Jésus. À un moment, ils réalisent qu’ils ont oublié d’emporter du pain. C’est tout. Un simple oubli de provisions. La chose la plus humaine qui soit.

Pourtant, dans cet instant de quotidienneté, Jésus va pointer quelque chose de beaucoup plus profond qu’un panier vide.

 Quand nous oublions ce que Dieu a déjà fait

Réflexion sur l’Evangile de Marc et la mémoire spirituelle

Mc 8, 14–21

Il va soulever une question qui nous concerne tous, aujourd’hui encore, dans nos vies ordinaires et dans nos moments de doute : pourquoi, après tout ce que Dieu a déjà accompli pour nous, continuons-nous à nous angoisser comme s’il ne pouvait plus rien faire ?

Cette méditation nous invite à entrer dans la barque avec les disciples, à comprendre leur égarement, et surtout à découvrir en quoi leur histoire est aussi la nôtre.

⛵  La barque et l’inquiétude

Pour comprendre la force de cette scène, il faut replacer les disciples dans leur contexte. Ils ne sont pas en train de débuter leur vie avec Jésus. Ils ont déjà été témoins de choses extraordinaires. Ils ont vu Jésus guérir des malades, expulser des démons, calmer une tempête d’une simple parole. Et surtout, ils ont assiésté — pas une, mais deux fois — à la multiplication des pains. La première fois, cinq mille hommes avaient été nourris avec cinq pains et deux poissons. La deuxième fois, quatre mille personnes avec sept pains.

Ces chiffres ne sont pas anodins. Ce sont des prodiges qui auraient dû laisser une trace indélébile dans la mémoire de ceux qui y assistaient. Et pourtant, à peine quelques jours après, voilà que les disciples s’inquiètent parce qu’ils ont oublié d’acheter du pain. L’inquiétude est là, vivace, immédiate, presque irrationnelle.

Mais ne soyons pas trop sévères avec eux. Car combien de fois nous comportons-nous exactement de la même manière ? Nous avons vécu des moments où Dieu a manifesté sa présence de façon évidente. Une porte qui s’est ouverte au moment le plus inattendu. Une rencontre qui a tout changé. Une épreuve surmontée grâce à une force qui n’était pas entièrement la nôtre. Et pourtant, à la première nouvelle difficulté, nous réagissons comme si tout cela n’avait jamais eu lieu.

“Vous avez des yeux et vous ne voyez pas ? Vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ? Et vous ne vous souvenez pas ?”

Ces mots de Jésus ne sont pas une condamnation cruelle. Ils sont plutôt un appel urgent : réveille-toi. Regarde ce qui est déjà là. Souviens-toi de ce que tu as déjà vu.

🧠  Le vrai problème : l’oubli

Le texte de Marc est d’une précision saisissante. Jésus ne dit pas « vous avez tort de vous préoccuper de nourriture ». Il ne minimise pas le besoin concret. Ce qu’il remet en question, c’est quelque chose de plus fondamental : la mémoire. « Vous ne vous souvenez pas ? »

L’oubli spirituel est l’une des formes les plus insidieuses de la fragilité humaine. Il ne s’agit pas d’un oubli ordinaire, comme oublier où l’on a posé ses clés. C’est un oubli de l’âme : oublier que l’on a été accompagné, soutenu, relevé. C’est effacer de son cœur la trace des bienfaits reçus.

  Se souvenir, dans la tradition judéo-chrétienne, n’est pas simplement un acte intellectuel. C’est un acte de foi. Faire mémoire de ce que Dieu a accompli, c’est raviver la certitude qu’Il peut encore agir. C’est nourrir la confiance pour aujourd’hui avec les preuves d’amour d’hier.

Le peuple d’Israël dans le désert offre un miroir saisissant de cette réalité. Après avoir vu la mer se fendre devant eux, après avoir collecté la manne chaque matin, ils murmurent dès la première soif. Ils oublient. Et Dieu, dans sa patience, ne se lasse pas de leur rappeler : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Egypte. » Mémoire contre anxiété. Souvenir contre désespoir.

👁️  Le cœur endurci et le cœur ouvert

Dans l’Évangile de Marc, Jésus emploie une expression forte et déroutante : il parle du « cœur endurci » des disciples. Ce terme, emprunté aux prophètes de l’Ancien Testament, désigne un cœur qui s’est fermé, qui a cessé de percevoir, un cœur dont la sensibilité spirituelle s’est ternousse sous la croute de l’habitude et de la peur.

Le cœur endurci, ce n’est pas nécessairement le cœur mauvais ou impie. C’est souvent le cœur fatigué, dépassé par les événements, submergé par les soucis du quotidien. C’est le cœur de celui qui a trop regardé les vagues pour se souvenir de Celui qui marche sur l’eau. C’est le cœur de celui qui a tant compté ses problèmes qu’il a perdu le réflexe de compter ses graces.

A l’inverse, le cœur ouvert — le cœur que Jésus appelle de ses voeux — est un cœur capable d’accueillir le passé comme une source vive. C’est un cœur qui se souvient activement, qui fait de la mémoire une priere, qui contemple les traces de Dieu dans son histoire personnelle et y puise la force de continuer.

“La foi grandit quand nous faisons mémoire. Se souvenir des bienfaits de Dieu nourrit notre confiance pour aujourd’hui.”

Il existe dans la tradition chrétienne une pratique très ancienne : l’examen de conscience du soir. Mais on en parle moins souvent d’une autre pratique, tout aussi belle : l’examen de gratitude. Chaque soir, s’arrêter et se demander : « Où ai-je perçu la main de Dieu aujourd’hui ? Quelle est la petite ou grande grâce que je risque d’oublier dès demain ? » Ce geste simple, répété chaque jour, construit peu à peu une mémoire spirituelle capable de résister aux tempêtes.

🌿  Une pauvreté qui devient grâce

Il y a quelque chose de tendre et de profondément humain dans la situation des disciples. Ils sont avec Jésus — littéralement dans la même barque que le Fils de Dieu — et ils s’inquiètent quand même. Cela nous dit quelque chose d’important : la foi n’est pas une armure qui nous protège automatiquement de l’anxiété. C’est un chemin que l’on apprend à parcourir, avec des rechutes et des avancées, des moments de pleine lumière et d’autres où l’on perd le nord.

Le manque de pain dans la barque n’est donc pas un détail honteux. C’est un aveu d’humanité. Et Jésus ne les abandonne pas pour autant. Il ne descend pas de la barque en soupirant. Il interpelle, il questionne, il invite à un éveil. Il fait de leur pauvreté — pauvreté de pain, pauvreté de mémoire, pauvreté de foi — le point de départ d’une leçon de vie.

C’est une des constantes du ministère de Jésus : il ne travaille pas malgré notre pauvreté, il travaille à travers elle. La femme qui n’a que deux pièces de monnaie devient un modèle de générosité. Les cinq pains et deux poissons d’un enfant deviennent le festin d’une multitude. Zachée, tout petit dans son arbre, est le premier que Jésus appelle. Notre manque n’est jamais un obstacle pour Dieu. Il en fait souvent un point d’entrée.

Alors, quand nous réalisons que notre barque est vide — vide de pain, vide d’énergie, vide de certitudes — la bonne nouvelle de cet évangile est que Jésus est encore là. Non pas à juger notre oubli, mais à l’utiliser pour nous faire grandir. La question n’est pas « pourquoi ai-je si peu ? » mais « Lui, qui est-il, et que peut-il faire avec ce si peu que j’ai ? »

🕊️  Cultiver la mémoire spirituelle

Comment, concrètement, éviter de tomber dans cet oubli que Jésus reproche aux disciples ? Comment cultiver cette mémoire du cœur qui nourrit la foi ?

La première voie est celle du journal spirituel. Tenir un cahier dans lequel on note les moments où l’on a senti la présence de Dieu, les prières exaucées, les rencontres providentielles, les épreuves surmountées. Ce n’est pas de la naïveté : c’est de la sagesse. Car le jour où la tempête se lève, pouvoir relire ces pages est comme retrouver une lampe dans l’obscurité. On se rappelle que Dieu était là avant. Il sera là encore.

La deuxième voie est celle de la priere de louange. Louer Dieu, ce n’est pas seulement le remercier pour ce qu’on a reçu. C’est aussi affirmer, même dans l’épreuve, que l’on croit en sa fidélité. La louange est une forme active de mémoire : elle dit « Tu l’as fait. Tu es fidèle. Tu le referas. » Elle ancre l’âme dans une réalité plus grande que le moment présent.

La troisième voie est celle de la communauté. Quand notre propre mémoire défaille, la mémoire des autres peut nous soutenir. C’est l’un des sens profonds de la vie en Eglise : échanger témoignages et expériences, rappeler à celui qui doute que Dieu agit, que d’autres l’ont vécu, que la fidélité divine ne faiblit pas. « Tu te souviens de ce que Dieu a fait pour toi l’année dernière ? Comment peux-tu penser qu’Il t’a abandonné aujourd’hui ? »

Enfin, la quatrième voie est l’Eucharistie elle-même. « Faites ceci en mémoire de moi. » Ces mots de Jésus lors de la Cene ne sont pas une simple injonction rituelle. Ils sont une invitation à faire de chaque célébration eucharistique un acte de mémoire vivante : se souvenir de la mort et de la résurrection du Seigneur, se souvenir qu’Il a offert sa vie, se souvenir que l’amour de Dieu a vaincu la mort. Et nourri de cette mémoire, repartir dans le monde avec une confiance renouvelée.

✨  Une confiance pour aujourd’hui

Au fond, ce que Jésus demande à ses disciples dans la barque est d’une simplicité désarmante. Il leur dit : « Vous êtes avec moi. Vous l’avez vu. Faites confiance. »

Cette confiance n’est pas une foi aveugle qui refuserait de regarder la réalité en face. Elle est, au contraire, une foi éclairée par l’expérience. Elle dit : « Je sais que la situation est difficile. Je sais que le pain manque. Mais je sais aussi à qui j’ai affaire. Et cela change tout. »

Cette confiance est également une invitation à lâcher prise. Tant que nous maintenons l’illusion que c’est à nous de tout prov´oir, tout contrôler, tout anticiper, nous resterons prisonniers de l’anxiété. Mais lorsque nous conséntons à reconnaître notre dépendance à Dieu — non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme un acte de sagesse — quelque chose se libère en nous. L’espace qui était occupé par la peur devient un espace de grâce.

Demandons aujourd’hui au Seigneur ce cœur lucide et confiant dont nous avons besoin. Un cœur capable de faire mémoire, de regarder en arrière avec gratitude et en avant avec espérance. Un cœur qui ne se laisse pas submerger par l’urgence du manque, mais qui garde les yeux fixés sur Celui qui est là, dans la barque, avec nous.

Car lorsque Jésus est présent, rien d’essentiel ne peut vraiment manquer.

🙏  Prière

Seigneur Jésus, pardonne-moi les fois où j’oublie ce que tu as déjà accompli dans ma vie. Pardonne-moi de te faire si peu confiance, alors que tu m’as tant de fois relevé, accompagné, surpris par ta fidélité.

Donne-moi un cœur qui se souvient. Un cœur ouvert à ta grâce. Un cœur assez humble pour reconnaître que, dans ma barque, tu es toujours là — et que cela suffit.

Amen. ✨

 

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