Extrême-Nord: Une initiative pour décharger les femmes du dangereux fardeau du bois

Extrême-Nord: Une initiative pour décharger les femmes du dangereux fardeau du bois

 

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, les femmes sont souvent contraintes de parcourir de longues distances pour collecter du bois de chauffe, une ressource essentielle dans les foyers des zones rurales. Mais cette tâche quotidienne expose ces femmes à des dangers majeurs, allant des agressions physiques aux viols, souvent sur des routes isolées. Une initiative innovante pourrait bien changer cette réalité et offrir une alternative sûre et durable : le charbon écologique.

Le fardeau du bois de chauffe

Dans les villages de l’Extrême-Nord, où l’accès à des sources d’énergie modernes comme le gaz ou l’électricité est limité, le bois reste la principale source de combustible. Si certains foyers peuvent se permettre d’acheter du bois sur les marchés locaux, pour beaucoup d’autres, la collecte devient une nécessité. Cela oblige les femmes à marcher des heures durant, parfois seules et dans des conditions dangereuses. En plus des risques d’agression, elles doivent également faire face aux effets de la déforestation, qui les oblige à voyager de plus en plus loin pour trouver du bois.

Les forêts protégées ajoutent une couche supplémentaire de danger : non seulement les femmes risquent des blessures, mais elles peuvent aussi encourir des amendes si elles sont interceptées dans ces zones interdites. Cette situation précipite la quête de solutions plus sûres et durables.

L’innovation du charbon écologique

Face à ce constat alarmant, Paul Libock Kendeg, membre de l’Association Building Africa, a imaginé une solution simple mais efficace : le « charbon écologique artisanal ». Ce combustible alternatif est fabriqué à partir de déchets locaux, des éléments faciles à récupérer dans les villages. La technique est simple, et les matériaux nécessaires sont accessibles à tous.

Le processus commence par la collecte de déchets organiques comme des peaux de banane, de plantain, d’ignames, ou encore les coquilles d’arachide. Ces déchets sont triés, séchés au soleil, puis carbonisés à l’air libre. Une fois broyés et tamisés, les résidus carbonisés sont mélangés avec de la poudre d’argile, un matériau abondant dans la région. Le mélange est ensuite moulé en petites boules, séchées au soleil pendant sept jours pour obtenir un charbon écologique de qualité.

Témoignages de femmes formées

Rosette Wassouo, une bénéficiaire de la formation à Mokolo, a non seulement appris à fabriquer ce charbon écologique, mais elle transmet maintenant son savoir-faire aux femmes des villages environnants. Selon elle, cette initiative a transformé la vie des femmes locales : « Avant, trouver du bois près du village était difficile. Quand nous partions en brousse, nous faisions face à des risques de viols et à des fatigues extrêmes. Maintenant, nous fabriquons notre propre charbon à partir de déchets alimentaires comme les peaux de banane ou d’igname. Cela ne coûte rien et est à la portée de tout le monde. »

En plus d’être un moyen de prévenir les violences, cette alternative réduit la dépendance au bois de chauffe et encourage la gestion durable des ressources locales. Le charbon écologique, fabriqué à partir de matériaux recyclés, offre ainsi une double opportunité : protéger les femmes tout en préservant l’environnement.

Un impact environnemental et social

L’initiative ne se contente pas de répondre à un besoin immédiat ; elle a un potentiel de transformation à long terme. En réduisant la pression sur les forêts locales, elle participe à la lutte contre la déforestation et permet de protéger les écosystèmes vulnérables. Pour les femmes, c’est une manière de s’affranchir des dangers liés à la collecte du bois, tout en créant une source de revenu supplémentaire.

Cette approche, qui allie innovation sociale et environnementale, est un modèle de durabilité et de résilience. Elle témoigne de l’ingéniosité des communautés locales et de la capacité des femmes à transformer les défis en opportunités.

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